Le tact du tableau - une histoire de conversion
Après Francis Bacon - le tact du tableau
Par Tristan Trémeau

    La peinture de Francis Bacon est régulièrement l’objet d’hommages à la mesure de son ample reconnaissance tant par les historiens de l’art, critiques d’art, artistes, écrivains et philosophes que par le public amateur d’art1. Récemment salué dans le cadre d’une rétrospective précise et réussie au musée Maillol, Fondation Dina Vierny à Paris et à l’IVAM de Valence en Espagne (2004), puis confronté à Picasso au musée Picasso à Paris au printemps 2005, Bacon occupe cet été une place importante, celle d’un moderne désormais classique qui ouvre à des problématiques contemporaines (les sensations et ambiguïtés du corps, les rapports avec la photographie et le cinéma…), au sein de l’exposition L’esperienza dell’arte que Maria de Corral a organisée pour le Pavillon italien à l’occasion de la cinquante et unième Biennale de Venise. C’est cette situation d’un peintre moderne, héritierdes avantgardes historiques (cubisme, expressionnisme, constructivisme, surréalisme) et ouvrant à des problématiques actuelles qui touchent à certains enjeux déterminants de la peinture que cet article voudrait éclairer, tout en précisant un certain nombre de notions centrales à l’expérience esthétique, notamment développées en 1980 par le philosophe Gilles Deleuze dans son livre Francis Bacon, Logique de la sensation : dispositif, diagramme, tactilité, tableau, mode d’exposition. Cet essai remarquable auquel nombre de critiques, d’artistes et d’amateurs se réfèrent n’en demeure pas moins parfois réducteur quant aux grandes oppositions qu’il dessine (opticalité/tactilité, oeil/main, Mondrian/Pollock…) et qu’il est nécessaire de discuter si l’on veut appréhender la somme de rapports complexes que la peinture de Bacon entretient avec la tradition et les conventions picturales, la modernité et les enjeux de la création contemporaine. Des rapports qui ne cessent par ailleurs d’être présents dans les oeuvres très différentes (de celles de Bacon et entre elles) d’artistes actuels tels François Rouan, Christian Bonnefoi, Mick Finch, James Hyde, Bruno Dumont, Miquel Mont et Édouard Prulhière, dont les propositions peuvent éclairer en retour ce qui est en jeu dans la peinture de Bacon (et réciproquement).


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