Gina Pane (1939(1968–1979)1990). Une parenthèse dans une parenthèse : avant, le corps n’est pas encore là ; après, il n’est plus là, il s’est «absenté». Pourtant, beaucoup pensent que l’essentiel s’est joué dans ces douze années centrales, que celles-ci recueillent le legs historique de Gina Pane. Douze années durant lesquelles, si l’on veut donner dans le sensationnalisme, Gina Pane se sera ébouillanté les mains dans du chocolat chaud, «maquillée avec une lame de rasoir», couchée sur un lit de bougies, aura lapé du lait dans des éclats de verre, ingurgité de la viande crue avariée, éteint des flammes de ses pieds nus… Tout cela au nom d’une idée de l’art qu’il faut prendre très au sérieux.
Il faut se garder des lectures rétrospectives, même et surtout quand elles sont légitimées par les déclarations des artistes, qui aiment à trouver des correspondances entre les différentes périodes de leur travail. Il y a bien un tournant religieux dans l’oeuvre de Gina Pane, ce qui signifie qu’avant le tournant l’oeuvre n’est pas religieuse. Ceux qui aimeraient encadrer l’oeuvre de Gina Pane entre sa participation à l’Atelier d’art sacré d’Edmée Larnaudie durant ses années de formation et ses derniers travaux sur les martyrs mettent l’oeuvre dans une perspective eschatologique, qui devrait les forcer à considérer l’essentiel – les actions – comme une parenthèse profane.
suite>>
